Phobie dentaire

La douleur est une émotion, elle est virtuelle, elle n’a pas d’existence physique. Il en est de même pour le plaisir. C’est cette caractéristique en commun qui permet de les confondre dans le sado-masochisme. La douleur n’est pas une chose insurmontable. Ce qui est intolérable c’est l’angoisse qui l’accompagne. La souffrance physique ne suffit pas à faire craquer un individu. Si on retire l’angoisse, la douleur en elle même est parfaitement supportable, surtout actuellement avec tous les moyens d’anesthésie dont nous disposons. De plus, la douleur une fois passée ne laisse aucune trace, aucune séquelle, on arrive même à avoir des difficultés à se souvenir comment c’était.
 
Le principe même de toutes les techniques pour aider les phobiques de la « peur du dentiste » c’est de s’attaquer à l’angoisse. Ne pas mépriser les gens qui ont peur, respecter leur peur. Qui a dit que les héros n’ont pas peur? ils ont peur.
La peur est naturelle, elle permet de sécréter de l’adrénaline qui va donner l’énergie et la force de surmonter le combat.
 
Accepter sa peur et ne pas en avoir honte, c’est désamorcer l’angoisse et la moitié du chemin est déjà faite. La plupart du temps les phobiques essaient de nous faire peur de leur peur et en quelque sorte de nous la transmettre. Il faut leur montrer qu’il n’en est rien.
Prendre en charge la peur du patient avec bienveillance est le premier pas pour l’aider; Attacher les bras du patient au fauteuil comme on l’aurait fait ; il y a un siècle ne fait qu’aggraver sa peur. S’il s’agite pendant l’intervention il suffit de lui poser doucement la main sur le bras et tranquillement lui transmettre notre tranquillité. Lui faire savoir que nous sommes bienveillants à son égard et que nous savons qu’il souffre plus de sa peur que de toute autre chose.
 
Avant la Sophrologie, il y a eu l’hypnose, dont on ne peut nier l’efficacité, mais qui a plus ou moins été abandonnée en raison de la lourdeur de sa procédure et des difficultés de détachement du transfert de certains patients. Elle présente en outre le danger de déclencher des processus difficilement contrôlables chez certains patients hystériques ou hystéroïdes.
On a donc petit à petit évolué vers des méthodes moins autoritaires, comme le training autogène de Schultz, mais toujours aussi inductives. On suggère au patient des sensations de lourdeur, de chaleur, de vision de couleurs etc…pour le centrer sur son corps. C’est à CAYCEDO que nous devons le terme de » Sophrologie ». « Sos-Phren-Logos » signifiant étymologiquement « Science de l’esprit harmonieux » (en réalité: sos=science, phren=cerveau, logos=langage).
 
La relaxation dynamique mise au point par Caycedo, emprunté aux techniques orientales certains mouvements et procédures respiratoires. Elle a pour but essentiel la prise de conscience du schéma corporel. La peur de la douleur est avant tout un refus de l’existence du corps, car souffrir c’est sentir son corps. De même qu’avoir du plaisir c’est aussi sentir son corps; bloquer son plaisir sexuel est une autre manière de refuser la présence du corps. L’important est de laisser parler le patient et d’écouter ses peurs et ses fantasmes. On le met en position allongée et on l’aide à se détendre et à sentir les sensations de son corps: sensations de fourmillements des doigts, vision de taches colorées etc. On lui fait faire des exercices respiratoires mobilisant le diaphragme et faisant un véritable massage des viscères, ainsi que du plexus solaire qui est souvent le siège de l’angoisse. C’est un apprentissage du patient qui ne comprend aucune forme d’induction de la part du praticien, et qui demande pas mal de temps, rendant cette méthode difficile à appliquer dans l’exercice quotidien et surtout avec les contraintes imposées par la Sécurité Sociale. C’est donc une méthode à réserver aux patients difficiles non désireux de recourir à l’anesthésie générale.
 
La pharmacothérapie actuelle permet d’avoir recours à des prémédications sédatives rapidement éliminées et sans danger. Les progrès de l’anesthésie générale permettent aussi de traiter des patients qui ont des peurs insurmontables dans de bonnes conditions mais l’inconvénient, c’est que le patient renonce complètement à son corps et ne sort pas enrichi de son expérience comme c’est le cas lorsqu’on l’aide à aller au delà de sa peur. Un bon argument, qui réussit à convaincre les patients à ne pas recourir systématiquement à l’anesthésie générale est que d’accepter une certaine douleur, limitée, raisonnable, qui en somme fait partie de la vie puisqu’on ne souffre plus quand on est mort, améliore aussi la capacité à ressentir le plaisir physique que peut nous procurer notre corps.